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  • Mondial de fléchettes : l’Afrique a du talent, mais pas encore les mêmes portes d’entrée

    Mondial de fléchettes : l’Afrique a du talent, mais pas encore les mêmes portes d’entrée

    Une qualification gagnée, puis annulée au guichet

    Patrick Ocheng et Juma Said devaient représenter l’Ouganda à la Coupe du monde de fléchettes, organisée du 11 au 14 juin 2026 à Francfort. Le duo avait remporté le tournoi qualificatif de l’African Darts Group et obtenu sportivement le droit de participer à l’épreuve de la Professional Darts Corporation.

    Les autorités allemandes ont refusé leurs visas. L’appel n’a pas permis de renverser la décision. Le Malawi, deuxième du tournoi africain, n’a pas eu suffisamment de temps pour achever à son tour les démarches. La place a finalement été attribuée à Gibraltar, représenté par Craig Galliano et Justin Hewitt.

    La conséquence va au-delà d’un forfait. L’Ouganda a perdu une première participation historique, l’exposition télévisée et la prime associée. Le tournoi distribuait 500 000 livres sterling, dont 100 000 aux vainqueurs. Même une élimination en poules aurait apporté une rémunération et une expérience rares.

    L’Afrique du Sud gagne, mais ne passe pas

    La sélection sud-africaine associait Devon Petersen à Graham Filby, reformant un duo qui avait déjà atteint les quarts de finale en 2014. Elle a perdu 4-2 contre la Suède, puis battu la Mongolie 4-1. La victoire suédoise 4-1 contre la Mongolie a laissé les Scandinaves en tête du groupe et éliminé les Sud-Africains.

    Le résultat montre à quel point le format est exigeant. Douze groupes de trois équipes n’envoyaient que leur vainqueur au tour suivant. Une défaite lors du premier match obligeait l’Afrique du Sud à gagner largement et à dépendre du dernier résultat.

    Petersen, revenu dans l’équipe après plusieurs années, a fixé un horizon ambitieux : selon lui, la progression des structures et des talents peut permettre à l’Afrique de peser davantage dans les trois prochaines années. Son optimisme repose sur les tournois régionaux et l’élargissement des qualifications, mais la Coupe du monde 2026 a montré que le développement sportif ne suffit pas.

    Les visas comme inégalité de compétition

    Un joueur européen peut se déplacer vers de nombreux tournois avec une procédure simple. Un joueur africain doit souvent fournir des preuves de ressources, d’hébergement, de retour et d’invitation, puis attendre une décision. Les délais sont incompatibles avec les remplacements tardifs et parfois même avec les qualifications organisées quelques semaines avant l’événement.

    Les fédérations et la PDC peuvent réduire ce risque. Les qualifications africaines devraient se tenir assez tôt pour permettre les demandes. Les organisateurs peuvent fournir des lettres standardisées, un interlocuteur consulaire et une liste de remplaçants dont les dossiers sont préparés en parallèle. Cela ne garantit pas les visas, mais évite qu’un seul refus déclenche une course impossible contre le temps.

    Le coût administratif s’ajoute aux billets, à l’hébergement et au matériel. Pour un amateur, plusieurs voyages sans garantie de prize-money peuvent rendre la carrière intenable. Le circuit africain doit donc offrir davantage de compétitions classées et de gains sur place, afin que la progression ne dépende pas uniquement d’un départ vers l’Europe.

    Construire des portes d’entrée sur le continent

    Les fléchettes demandent peu d’infrastructure lourde. Une cible, un espace réglementaire, un éclairage et un système de score suffisent pour organiser un tournoi. Cette accessibilité peut favoriser des ligues dans les écoles, les clubs et les lieux communautaires.

    La difficulté réside dans la reconnaissance des résultats. Les joueurs doivent affronter des adversaires classés, participer à des qualifications homologuées et accéder aux écoles de qualification de la PDC. Sans passerelles officielles, un niveau élevé reste invisible.

    L’African Darts Group constitue un début de réponse. Son tournoi a permis à l’Ouganda de gagner une place. L’étape suivante consiste à sécuriser la participation et à multiplier les rendez-vous, pour qu’un échec administratif ne bloque pas toute une saison continentale.

    Le talent ne doit plus voyager seul

    L’Afrique du Sud a prouvé qu’elle pouvait gagner un match en Coupe du monde. L’Ouganda a prouvé qu’il pouvait gagner sa qualification. Les deux nations ont pourtant disparu avant les tours à élimination directe, l’une au classement, l’autre avant même le départ.

    Le développement des fléchettes africaines exige donc un système complet : tournois, classement, financement, visas et représentation dans les instances. Petersen peut avoir raison sur le potentiel des trois prochaines années. Mais pour que le continent domine un jour, ses champions doivent d’abord pouvoir entrer dans la salle.

    Sources de vérification

    Source : TalkSport, retrait de l’Ouganda

    Source : PDC, Coupe du monde 2026

    Source : Sky Sports, résultats 2026

    Source : Dartsnews, analyse de Devon Petersen

  • Mondiaux de gymnastique rythmique : où se situe vraiment l’Afrique ?

    Mondiaux de gymnastique rythmique : où se situe vraiment l’Afrique ?

    Le podium mondial fixe une nouvelle référence

    L’Espagne a remporté le concours général des ensembles avec 57,450 points, devant le Japon à 56,700 et le Brésil. Ces trois nations ont obtenu les premiers quotas pour les Jeux olympiques de Los Angeles 2028. Le résultat montre la densité devenue nécessaire : deux exercices de très haut niveau, avec très peu de pertes d’engin et une exécution homogène entre cinq gymnastes.

    La qualification olympique ne s’est pas terminée à Francfort. D’autres places seront distribuées par les compétitions de 2027 et les championnats continentaux de 2028. Pour les nations africaines, le calendrier laisse du temps, mais il ne réduit pas l’écart technique.

    La gymnastique rythmique additionne la difficulté corporelle, la difficulté à l’engin, l’artistique et l’exécution. Une routine peut être ambitieuse et perdre beaucoup de points sur des réceptions imprécises, des pas supplémentaires ou un engin échappé. L’objectif n’est donc pas seulement d’augmenter la difficulté : il faut pouvoir la répéter sous pression.

    L’Égypte domine le continent, l’Afrique du Sud progresse

    L’Égypte reste la première puissance africaine de la discipline. Son volume de gymnastes, ses entraîneurs et son expérience des compétitions FIG lui donnent une avance continentale. L’Afrique du Sud a néanmoins renforcé sa présence, portée notamment par Stephanie Dimitrova et Chade Jansen, deuxièmes par équipes au niveau africain en 2026 derrière les Égyptiennes.

    À Francfort, la présence africaine a offert une mesure concrète. Le principal enseignement n’est pas l’absence de podium, prévisible face aux programmes européens, asiatiques et sud-américains les plus avancés. Il se situe dans la distance entre les notes africaines et les seuils de finale, appareil par appareil.

    Cette lecture permet d’identifier les priorités. Un écart concentré dans l’exécution appelle davantage de répétitions, d’analyse vidéo et de compétition. Un déficit de difficulté exige une progression physique et technique plus longue. Des pertes sur l’artistique renvoient au travail chorégraphique, musical et expressif.

    Le calendrier international, un entraînement à part entière

    Les meilleures gymnastes mondiales se rencontrent plusieurs fois par saison en Coupe du monde et dans les grands tournois. Elles apprennent à voyager, s’échauffer dans des salles différentes et ajuster leurs routines aux retours des juges. Pour de nombreuses Africaines, chaque déplacement représente un budget important et une procédure de visa.

    Ce manque de répétition crée un cercle difficile. Sans sorties internationales, les notes et les classements restent faibles ; sans résultats visibles, il devient plus difficile d’obtenir des sponsors pour voyager. Les fédérations peuvent casser ce cercle en mutualisant des stages, en invitant des juges FIG sur le continent et en organisant davantage d’épreuves reconnues.

    Le coût ne concerne pas seulement les billets. La rythmique nécessite des justaucorps, des engins homologués, des praticables, une préparation musicale et souvent un accompagnement chorégraphique. Pour les ensembles, cinq titulaires et des remplaçantes doivent progresser au même rythme, ce qui multiplie les besoins.

    Los Angeles 2028 comme projet, pas comme slogan

    La route vers les Jeux doit être découpée en objectifs intermédiaires. D’abord, placer plus d’Africaines dans les deux premiers tiers des classements mondiaux. Ensuite, réduire l’écart avec les finales lors des Coupes du monde. Enfin, arriver aux qualifications continentales avec des routines dont la difficulté et l’exécution ont déjà été validées à l’international.

    L’Afrique ne manque ni de qualités physiques ni de créativité. Elle manque surtout de densité, de confrontations régulières et de moyens spécialisés. Francfort a rappelé la hauteur du seuil mondial. Il a aussi offert les données nécessaires pour arrêter de parler du retard comme d’une abstraction.

    Le prochain progrès ne sera peut-être pas une médaille. Ce peut être une finale, une note franchie régulièrement ou un ensemble africain capable de se rapprocher des quotas. Dans une discipline jugée au dixième, la progression durable commence précisément par cette mesure.

    Sources de vérification

    Source : World Gymnastics, Championnats du monde de Francfort

    Source : Frankfurt 2026, résultats officiels

    Source : Reuters, premiers quotas pour Los Angeles 2028

    Source : Gymnastics South Africa, bilan continental 2026

  • Kyalami, Kigali, Tanger : qui peut vraiment ramener la Formule 1 en Afrique ?

    Kyalami, Kigali, Tanger : qui peut vraiment ramener la Formule 1 en Afrique ?

    Kyalami, le dossier le plus concret

    Kyalami possède ce que ses concurrents doivent encore construire : un circuit permanent, une histoire en Formule 1 et une proximité avec Johannesburg, son aéroport et son parc hôtelier. Le tracé a accueilli le dernier Grand Prix africain en 1993 et a engagé une procédure pour atteindre le Grade 1 de la FIA, niveau requis pour recevoir la F1.

    Les travaux ne se limitent pas à une rénovation esthétique. Drainage, zones de dégagement, barrières, postes de commissaires, infrastructures médicales et espaces techniques doivent répondre aux normes. Les seules améliorations du drainage et des dégagements ont été évaluées entre 5 et 10 millions de dollars. À cela s’ajoutent les droits d’accueil versés à la Formule 1 et les dépenses temporaires : sécurité, transport, tribunes, fan zones et promotion.

    Le gouvernement sud-africain a relancé son lobbying. Le président Cyril Ramaphosa a accepté le principe d’une visite de travail sur un Grand Prix afin de renforcer le dossier. Le ministre des Sports Gayton McKenzie a toutefois reconnu qu’une course en 2027 n’était plus réaliste. L’horizon se déplace vers 2028 ou 2029.

    Kigali, le pari de la destination

    Le Rwanda suit une logique différente. Kigali s’est imposée comme ville d’accueil de congrès et d’événements sportifs, avec une stratégie touristique soutenue par l’État. Une candidature à la F1 prolongerait ce positionnement, mais elle implique un projet de circuit et des investissements plus lourds que l’adaptation de Kyalami.

    L’atout rwandais est la vitesse de décision et la capacité à intégrer l’événement dans une politique nationale de marque. Son point faible est le coût d’opportunité. Les fonds mobilisés pour un Grand Prix doivent être comparés aux besoins d’infrastructures, de santé, d’éducation et de sport de base. La rentabilité ne peut pas être mesurée uniquement par les images télévisées : il faut calculer les nuitées supplémentaires, les emplois durables, les recettes fiscales et l’utilisation du site hors semaine de course.

    Le projet doit également démontrer qu’il peut absorber les flux de dizaines de milliers de spectateurs, d’équipes et de fret. La F1 déplace un paddock entier, avec des exigences de douane, de piste, d’énergie et de connectivité proches de celles d’une petite ville internationale.

    Tanger et la carte marocaine

    Le Maroc peut s’appuyer sur des liaisons aériennes et maritimes, une industrie automobile importante et une expérience touristique de masse. Tanger offre une position entre Afrique et Europe qui facilite l’accès du public et du fret. Mais le degré de maturité du projet reste moins lisible publiquement que celui de Kyalami.

    Pour devenir crédible, un dossier marocain doit préciser le site, le modèle de circuit, les sources de financement et le calendrier des travaux. Un tracé urbain réduit parfois le coût d’acquisition foncière, mais augmente les dépenses annuelles de montage et les perturbations. Un circuit permanent exige davantage au départ, avec la possibilité d’accueillir d’autres compétitions le reste de l’année.

    Une bataille pour quelques places

    La Formule 1 compte 24 rendez-vous et la majorité des circuits disposent de contrats pluriannuels. La concurrence ne vient pas seulement d’Afrique : Thaïlande, Turquie, France et d’autres marchés cherchent également une place. Selon les échéances contractuelles, 2028 est la première fenêtre réaliste pour un retour sud-africain.

    Cette rareté renforce le pouvoir de négociation du détenteur des droits. Un promoteur africain peut être tenté d’augmenter les garanties publiques pour rendre son offre irrésistible. C’est précisément là que le risque budgétaire apparaît. Les contrats sont souvent confidentiels, tandis que les bénéfices annoncés reposent sur des projections touristiques difficiles à vérifier.

    Le meilleur projet ne sera pas forcément le plus symbolique

    Kyalami part avec l’avantage du circuit et de l’histoire. Kigali possède une stratégie événementielle cohérente, mais doit justifier une construction plus lourde. Tanger peut offrir l’accessibilité et une base industrielle, à condition de transformer l’idée en dossier technique transparent.

    Le retour de la F1 en Afrique serait un symbole puissant. Il ne deviendra un succès que si l’événement finance une activité au-delà du week-end : emplois techniques, formation de commissaires, tourisme, compétitions régionales et usage régulier des infrastructures. À défaut, le continent aura retrouvé un Grand Prix, mais pas nécessairement gagné un héritage.

    Sources de vérification

    Source : African Business, 24 avril 2026

    Source : AutoEvolution, horizon 2028-2029

    Source : Engineering News, travaux de Kyalami

  • Mondiaux de Montréal : quels Africains peuvent peser sur la course ?

    Mondiaux de Montréal : quels Africains peuvent peser sur la course ?

    Un parcours qui récompense la résistance

    Montréal accueillera treize épreuves entre le 20 et le 27 septembre : contre-la-montre, courses juniors et moins de 23 ans, relais mixte et courses en ligne élites. Cinquante-deux ans après les Mondiaux de 1974, la ville redevient le centre du cyclisme international, avec des tracés urbains et régionaux où l’accumulation des efforts devrait compter autant que la puissance pure.

    Pour les sélections africaines, cette configuration est à double tranchant. Un parcours sélectif réduit l’avantage des grands trains de sprinteurs, mais il expose les nations qui disposent de peu d’équipiers. Un leader isolé doit suivre davantage d’attaques, aller chercher lui-même son ravitaillement ou se replacer sans soutien. La course se joue alors bien avant le dernier tour.

    Les listes définitives restant à confirmer au 2 septembre, il faut distinguer les candidats crédibles des partants officiels. Les noms qui suivent sont des profils à surveiller en fonction des sélections nationales, et non l’annonce d’une participation acquise.

    Girmay et Le Court, les deux références

    Biniam Girmay est le coureur africain le plus surveillé dans une course en ligne masculine. Sa vitesse, sa résistance aux bosses et son expérience des classiques lui permettent d’envisager un résultat si le groupe principal reste suffisamment fourni. Son Tour de France 2026, sans victoire mais avec plusieurs places d’honneur, confirme qu’il possède encore le niveau pour disputer un sprint de haut rang. L’Érythrée devra toutefois l’entourer et éviter qu’il ne dépense trop d’énergie dans les derniers kilomètres.

    Chez les femmes, Kim Le Court-Pienaar arrive avec une victoire récente sur la sixième étape du Tour de France Femmes. La Mauricienne a montré qu’elle pouvait gagner après une course vallonnée et un incident mécanique. Son accélération au sein d’un petit groupe est une arme adaptée à un championnat où les grandes favorites se neutralisent parfois. Son principal défi sera le manque de profondeur de la sélection mauricienne face aux blocs européens.

    La Sud-Africaine Ashleigh Moolman-Pasio, si elle est retenue, représente un autre type de menace : endurance, expérience et capacité à lire les mouvements difficiles. Elle peut viser sa propre carte ou jouer un rôle tactique au service d’une compatriote. Natnael Tesfatsion et Henok Mulubrhan, selon la composition érythréenne, offrent des profils plus orientés vers les parcours usants et les attaques de moyenne distance.

    Les outsiders et la bataille des moins de 23 ans

    Le continent ne doit pas être évalué uniquement à travers les élites. Les catégories juniors et moins de 23 ans peuvent révéler les effets des programmes mis en place en Érythrée, au Rwanda, en Afrique du Sud, au Maroc ou en Ouganda. Les Championnats du monde organisés à Kigali en 2025 ont exposé une génération à l’intensité internationale ; Montréal dira si cette expérience s’est transformée en meilleurs placements et en capacité à finir dans le groupe principal.

    Des coureurs comme l’Ougandais Charles Kagimu peuvent aussi tirer profit d’une course ouverte, notamment si les grandes nations tardent à contrôler les échappées. Pour ces sélections, intégrer le bon mouvement peut représenter un objectif aussi important qu’une place finale. Une présence à l’avant offre du temps d’antenne, de l’expérience et parfois des points utiles à la suite de la saison.

    Les quotas, la logistique et le coût invisible

    Les Mondiaux ne mettent pas les nations sur un pied d’égalité. Le nombre de places dépend des quotas et des classements. Les fédérations doivent ensuite financer les billets, l’hébergement, le matériel, les véhicules et l’encadrement. Pour une délégation africaine, le déplacement au Canada représente une charge considérable et des démarches de visa qui peuvent perturber la préparation.

    Ces contraintes expliquent pourquoi un champion isolé ne suffit pas toujours. Les meilleures nations arrivent avec des remplaçants, des mécaniciens spécialisés, des soigneurs et plusieurs cartes tactiques. Les sélections africaines doivent souvent concentrer leurs moyens sur quelques épreuves.

    À Montréal, un podium africain constituerait un événement majeur, mais la progression peut aussi se lire autrement : davantage de coureurs à l’arrivée, une présence dans les échappées, des top 20 chez les jeunes et des leaders protégés jusqu’au final. Girmay et Le Court porteront les attentes. La mesure la plus durable sera la capacité du continent à les entourer.

  • Kim Le Court, la victoire qui installe Maurice au plus haut niveau

    Kim Le Court, la victoire qui installe Maurice au plus haut niveau

    Une victoire construite dans l’urgence

    À 300 mètres de la ligne, Kim Le Court-Pienaar n’avait plus qu’une décision à prendre : attendre encore ou lancer le sprint. La Mauricienne a choisi d’accélérer. Dans le petit groupe qui se disputait la victoire à Tournon-sur-Rhône, personne n’a pu la dépasser. Cédrine Kerbaol et Puck Pieterse ont complété le podium d’une sixième étape longue de 153,4 kilomètres, partie de Montbrison et durcie par les ascensions de la journée.

    Ce final ne raconte pourtant qu’une partie de la course. Le Court avait auparavant subi un incident mécanique qui l’avait obligée à changer de vélo. À ce niveau, une telle perte de temps peut suffire à faire disparaître toute chance de victoire. Avec l’aide de ses équipières d’AG Insurance-Soudal, elle a retrouvé le groupe principal, puis accompagné Riejanne Markus pour revenir sur l’échappée. La dépense énergétique aurait pu se payer dans le dernier kilomètre. Elle a, au contraire, débouché sur un sprint parfaitement maîtrisé.

    Cette capacité à rester lucide après un effort violent distingue les coureuses capables de transformer une bonne journée en victoire. Le Court n’a pas seulement été la plus rapide du groupe : elle a survécu à un enchaînement de décisions tactiques, d’efforts et de risques mécaniques. Sa neuvième place au classement général à l’issue de l’étape donnait aussi la mesure de sa régularité sur un parcours exigeant.

    Une deuxième victoire, un profil plus complet

    Le succès du 6 août est le deuxième de Le Court sur le Tour de France Femmes. Cette répétition change le regard porté sur sa trajectoire. Une première victoire peut être associée à une occasion exceptionnelle ; une deuxième montre qu’une athlète a appris à reproduire les conditions de la performance.

    Le profil de la Mauricienne rend cette progression particulièrement intéressante. Elle n’est pas enfermée dans la seule catégorie des sprinteuses, ni dans celle des grimpeuses. Son expérience du VTT et des courses disputées sur des terrains variés lui donne une palette utile dans les étapes vallonnées : placement, lecture des mouvements, aisance technique et capacité à finir vite après les difficultés. À Tournon-sur-Rhône, ces qualités se sont additionnées.

    La victoire souligne également le travail collectif. Le changement de vélo, la poursuite et le retour vers l’avant ne sont pas des gestes individuels isolés. Ils dépendent de la communication radio, du placement d’équipières disponibles et de la confiance de la direction sportive. AG Insurance-Soudal a continué à miser sur Le Court alors qu’une solution plus prudente aurait consisté à limiter les pertes. Ce choix a été récompensé.

    Ce que ce succès change pour l’Afrique

    Le Court porte le maillot de Maurice, une île dont la population et le marché sportif ne peuvent rivaliser avec ceux des grandes nations européennes. Son succès a donc une portée qui dépasse le classement de l’étape. Il rend visible une athlète africaine au cœur de la course féminine la plus suivie du monde et offre aux jeunes coureuses du continent une référence contemporaine.

    Cette visibilité ne doit cependant pas masquer les obstacles. Pour accéder au plus haut niveau, les Africaines doivent souvent quitter très tôt leur environnement, obtenir des visas, intégrer des calendriers européens et assumer des coûts de déplacement importants. Les compétitions féminines de niveau international restent rares sur le continent. Entre le talent local et le WorldTour, les étapes intermédiaires sont encore trop peu nombreuses.

    La trajectoire de Le Court montre ce qui devient possible quand une coureuse bénéficie de courses régulières, d’un encadrement technique, de matériel et d’un collectif structuré. Elle ne constitue pas à elle seule un système de développement. Elle peut en revanche servir d’argument aux fédérations, aux sponsors et aux organisateurs africains : investir dans le cyclisme féminin ne relève plus d’une promesse abstraite, puisque des résultats sont déjà visibles au sommet.

    Une championne à juger sur la durée

    Le défi qui suit une victoire au Tour est celui de la continuité. Les adversaires connaissent mieux les qualités de Le Court et hésiteront moins à contrôler ses mouvements. Elle devra aussi choisir ses objectifs : étapes vallonnées, classiques, classements généraux d’épreuves courtes ou rôle de leader partagé dans son équipe.

    À Tournon-sur-Rhône, la Mauricienne a démontré qu’elle pouvait perdre du temps, le reprendre et encore gagner. Cette succession résume peut-être le mieux son installation parmi les meilleures : Le Court n’attend plus que la course lui offre une occasion parfaite. Elle est désormais capable de la reconstruire.

  • Sports automobiles en Afrique : passion coûteuse ou marché à construire ?

    Sports automobiles en Afrique : passion coûteuse ou marché à construire ?

    Des pistes de karting aux routes du rallye, en passant par le motocross et le rallye-raid, l’Afrique dispose d’un réel potentiel pour les sports mécaniques. Mais le coût des véhicules, la rareté des infrastructures et l’irrégularité des compétitions freinent encore leur développement. Pour dépasser le cercle des passionnés fortunés, le continent doit transformer la course automobile en un véritable écosystème sportif, technique et économique.

    Les sports automobiles africains vivent un paradoxe. Le continent possède une forte culture de l’automobile, une population jeune, des territoires spectaculaires et des millions de passionnés de vitesse. Pourtant, le rallye, le karting, le motocross ou les courses sur circuit restent peu accessibles, faiblement médiatisés et souvent dépendants de quelques promoteurs, mécènes ou pilotes capables de financer eux-mêmes leur saison.

    Le problème ne réside donc pas dans l’absence d’intérêt. Il se trouve dans la difficulté à transformer cette passion en marché organisé.

    Contrairement au football ou à l’athlétisme, le sport automobile nécessite dès le départ un investissement important. Il faut acquérir ou louer un véhicule, financer son entretien, acheter les équipements de sécurité, payer les licences, transporter le matériel et rémunérer une équipe technique. Une casse mécanique peut mettre fin à une saison entière. Pour un jeune pilote africain, le talent seul ne suffit presque jamais.

    Cette barrière financière explique en partie pourquoi la compétition automobile demeure associée aux catégories les plus aisées. Mais plusieurs initiatives montrent qu’un autre modèle est possible.

    Le rallye, principale vitrine africaine

    Le rallye reste la discipline automobile la mieux implantée sur le continent. Il possède une histoire ancienne en Afrique de l’Est, en Afrique australe et dans certains pays francophones.

    Le calendrier 2026 du Championnat d’Afrique des rallyes de la FIA comprend quatre épreuves : le Safari Rally au Kenya, le Pearl of Africa Uganda Rally, le Rwanda Mountain Gorilla Rally et le Mkwawa Rally of Tanzania. Cette concentration confirme que l’Afrique de l’Est est aujourd’hui le principal bassin du rallye continental.

    La région dispose de plusieurs avantages. Les compétitions bénéficient d’une histoire connue du public, de terrains particulièrement adaptés et de rivalités entre pilotes locaux. Les rallyes permettent également de valoriser des territoires ruraux ou touristiques rarement exposés par les autres disciplines sportives.

    Mais la géographie du championnat révèle aussi ses faiblesses. De nombreux pays apparaissent puis disparaissent du calendrier en fonction des difficultés financières, logistiques ou institutionnelles rencontrées par les organisateurs.

    La Côte d’Ivoire en offre une illustration. Le Rallye du Bandama a longtemps constitué l’une des grandes épreuves automobiles du continent. Sa 46e édition, organisée autour de Yamoussoukro en 2020, comptait douze spéciales et plus de 270 kilomètres chronométrés. Le Bandama figurait encore au calendrier africain en 2023, mais n’apparaît plus dans celui de 2026.

    Cette discontinuité empêche de construire une audience fidèle. Elle fragilise aussi les relations avec les sponsors, qui recherchent de la visibilité sur plusieurs années plutôt qu’une opération ponctuelle.

    Pour devenir un véritable produit économique, le rallye africain doit disposer d’un calendrier stable, d’une diffusion régulière et de standards communs en matière de sécurité, de chronométrage et d’organisation.

    Le karting, première marche indispensable

    La plupart des grands pilotes commencent par le karting. La discipline permet d’acquérir très tôt les fondamentaux : trajectoires, freinage, dépassement, gestion de la pression et compréhension mécanique.

    En Afrique, le karting demeure pourtant peu développé. Les circuits sont rares et le coût du matériel reste élevé pour la majorité des familles. Sans base suffisamment large, les fédérations ne peuvent pas réellement détecter les meilleurs talents.

    Plusieurs initiatives cherchent à réduire ces obstacles. La première African Karting Cup, organisée en Afrique du Sud en 2024 avec le soutien de la FIA, avait pour objectif d’identifier de jeunes pilotes africains et de leur offrir des passerelles vers les compétitions internationales.

    Au Mozambique, une académie de karting a développé un modèle associant apprentissage de la conduite, prêt de matériel et initiation des enfants. Une première session avait accueilli douze jeunes âgés de 5 à 12 ans, dont six filles. Le programme a ensuite été étendu à des établissements scolaires et à l’utilisation de simulateurs.

    En juin 2026, le Botswana a lancé à son tour une Karting Africa Academy. Quarante participants, dont certains âgés de six ans, ont pris part à la première activité. Le programme utilise un châssis conçu spécialement pour rendre l’initiation plus accessible aux fédérations africaines.

    Ces expériences indiquent la direction à suivre. Le karting africain ne pourra pas se développer uniquement à travers des propriétaires de véhicules privés. Il doit s’appuyer sur des modèles de location, des équipements mutualisés, des championnats scolaires et des programmes de bourses.

    Les simulateurs peuvent également jouer un rôle. Ils ne remplacent pas la conduite réelle, mais permettent de détecter des aptitudes et d’initier un plus grand nombre de jeunes à moindre coût.

    Motocross et rallye-raid : transformer les territoires en circuits

    Les sports motocyclistes offrent un autre potentiel important. Plusieurs pays disposent de terrains adaptés au motocross, à l’enduro et au rallye-raid sans avoir besoin de construire des circuits automobiles extrêmement coûteux.

    La Fédération internationale de motocyclisme organise déjà un Championnat africain de motocross. Le continent accueille également des événements reconnus comme le Roof of Africa au Lesotho, inscrit au Championnat du monde de Hard Enduro en 2025.

    Le défi reste cependant similaire : transformer quelques compétitions spectaculaires en filières nationales capables de former des pilotes, des mécaniciens, des commissaires et des organisateurs.

    L’intérêt économique ne se limite pas au nombre de spectateurs. Une course peut générer des nuitées hôtelières, de la restauration, des transports et des activités pour les petites entreprises locales.

    La première manche sud-africaine du Championnat du monde de rallye-raid, organisée en mai 2025, aurait généré 45 millions de rands pour la province du Nord-Ouest et permis de former plus de 75 officiels.

    Au Botswana, un championnat national de rallye-raid a mobilisé plus de 250 jeunes comme commissaires et atteint 40 % de participation féminine parmi les personnes impliquées dans l’organisation. Le projet a également été conçu pour soutenir le tourisme et les petites entreprises locales.

    Ces exemples montrent que le sport automobile peut créer de la valeur bien au-delà du pilote et de son véhicule.

    Former des pilotes, mais aussi des professionnels

    L’une des erreurs serait de limiter le développement des sports automobiles à la recherche du prochain pilote de Formule 1.

    Une compétition mobilise des mécaniciens, ingénieurs, logisticiens, médecins, secouristes, commissaires, chronométreurs, photographes, vidéastes et spécialistes du marketing. Le sport automobile peut donc devenir un outil de formation professionnelle.

    Au Rwanda, des étudiants d’une école polytechnique ont construit en un mois un prototype de cross car à partir de plans fournis par la FIA. Le projet visait un prix de production d’environ 5 000 dollars, très inférieur à celui de nombreuses voitures de compétition importées.

    Cette approche est particulièrement pertinente pour l’Afrique. Les écoles d’ingénieurs et les lycées techniques pourraient être associés à la conception, à l’entretien et à l’adaptation des véhicules. Les compétitions deviendraient alors des laboratoires consacrés à la mécanique, à l’électronique, aux matériaux et, demain, à la mobilité électrique.

    La fabrication locale de certains châssis, pièces ou équipements permettrait aussi de réduire les coûts et de faire émerger une petite industrie autour du sport.

    Un produit attractif pour les sponsors

    Les sports automobiles possèdent un fort potentiel commercial. Les constructeurs et concessionnaires y trouvent un environnement naturel, tout comme les marques de pneumatiques, de lubrifiants, de carburants et de pièces détachées.

    Mais le sponsoring peut aller beaucoup plus loin. Les banques, assurances, télécoms, compagnies aériennes, boissons, plateformes numériques et offices du tourisme peuvent utiliser les compétitions pour toucher une audience jeune et passionnée.

    Le principal obstacle est l’absence de données. Combien de spectateurs assistent aux événements ? Quelle est l’audience numérique ? Quels contenus sont produits ? Quelle visibilité obtient chaque partenaire ?

    Tant que les promoteurs ne pourront pas répondre précisément à ces questions, les entreprises continueront de considérer le sport automobile comme une dépense de prestige plutôt que comme un véritable investissement marketing.

    Chaque événement devrait donc être accompagné d’une stratégie de diffusion : retransmissions en ligne, formats courts pour les réseaux sociaux, portraits de pilotes, caméras embarquées, documentaires et contenus consacrés aux coulisses mécaniques.

    Les sports automobiles sont particulièrement adaptés à l’image. Encore faut-il que les images soient produites et distribuées.

    Passer du loisir élitiste à l’écosystème

    Le sport automobile restera toujours plus coûteux que de nombreuses autres disciplines. Mais cela ne signifie pas qu’il doive rester fermé.

    La priorité doit être de construire une pyramide. À la base, des programmes scolaires, du karting accessible, des simulateurs et des compétitions locales. Au milieu, des championnats nationaux structurés et des formules permettant de courir avec des véhicules standardisés. Au sommet, des rallyes continentaux et quelques événements internationaux capables d’attirer sponsors et touristes.

    Il faut également renforcer les fédérations, former les officiels et appliquer des exigences strictes de sécurité. Sans encadrement médical, contrôle technique et gestion rigoureuse du public, la recherche du spectacle pourrait rapidement devenir dangereuse.

    Les sports automobiles africains sont donc à la fois une passion coûteuse et un marché à construire.

    Le continent possède déjà les pilotes, les paysages et les communautés de passionnés. Il lui manque surtout des passerelles entre initiation et compétition, des calendriers durables et des modèles économiques lisibles.

    L’enjeu n’est pas seulement de faire courir davantage de voitures et de motos. Il est de bâtir autour d’elles une industrie africaine du sport, de la formation, du tourisme et de la technologie.

  • Le rugby africain peut-il exister au-delà de l’Afrique du Sud ?

    Le rugby africain peut-il exister au-delà de l’Afrique du Sud ?

    Quadruple championne du monde, l’Afrique du Sud domine le rugby continental au point d’en éclipser presque toutes les autres nations. Du retour du Zimbabwe en Coupe du monde à la popularité du rugby à sept au Kenya, plusieurs signes montrent pourtant qu’un autre rugby africain tente d’émerger.

    Lorsqu’il est question de rugby africain, un pays occupe presque tout l’espace. L’Afrique du Sud n’est pas seulement la première puissance du continent. Avec quatre titres mondiaux, elle constitue l’une des références absolues de la discipline.

    Ses franchises participent à des compétitions internationales, ses centres de formation alimentent les meilleurs championnats et ses joueurs évoluent dans les plus grandes équipes du monde. L’écart est tel que le rugby africain semble parfois se résumer aux Springboks.

    Pourtant, l’ovalie est pratiquée dans plusieurs autres pays. Le Zimbabwe, la Namibie, le Kenya, l’Ouganda, l’Algérie, Madagascar, le Sénégal ou encore la Côte d’Ivoire entretiennent, à des degrés différents, une tradition rugbystique.

    Le rugby existe donc déjà au-delà de l’Afrique du Sud. La véritable question est de savoir s’il peut devenir durablement compétitif, populaire et économiquement viable.

    Le Zimbabwe bouscule la hiérarchie

    Le premier signe d’un possible rééquilibrage est venu du Zimbabwe. En 2025, les Sables ont battu la Namibie en finale de la Rugby Africa Cup et décroché leur qualification pour la Coupe du monde 2027. Ils retrouveront le Mondial pour la première fois depuis 1991.

    Cette performance est d’autant plus significative que la Namibie avait représenté l’Afrique lors de toutes les Coupes du monde organisées entre 1999 et 2023. Pendant plus de vingt ans, elle a occupé presque automatiquement la place de deuxième puissance continentale.

    Le Zimbabwe ne s’est cependant pas contenté d’un exploit isolé. Il avait déjà remporté la Rugby Africa Cup en 2024. Son intégration à la nouvelle World Rugby Nations Cup doit désormais lui permettre de disputer davantage de rencontres contre des sélections de niveau comparable.

    Cette régularité est essentielle. Une équipe ne peut pas progresser en se réunissant uniquement quelques semaines avant un tournoi qualificatif. Elle a besoin d’un calendrier stable, d’un encadrement permanent et de ressources suffisantes pour préparer ses joueurs.

    Pour le Zimbabwe, le véritable défi sera donc de transformer sa qualification en point de départ d’un projet durable.

    Le Kenya a trouvé une autre voie

    Tous les pays africains ne peuvent pas reproduire le modèle sud-africain. Le rugby à quinze nécessite des effectifs importants, des clubs solides, des staffs complets et des déplacements coûteux.

    Pour plusieurs fédérations, le rugby à sept représente une voie plus accessible. Le Kenya l’a bien compris.

    Sa sélection à sept s’est imposée comme l’une des équipes africaines les plus identifiables à l’échelle internationale. En 2026, Nairobi a accueilli une étape du circuit HSBC SVNS 2 devant un stade rempli.

    Cette mobilisation prouve qu’un événement de rugby peut attirer un public important en Afrique, en dehors de l’Afrique du Sud. Elle montre également que le continent peut produire ses propres rendez-vous internationaux.

    Le rugby à sept présente plusieurs avantages. Les équipes sont plus réduites, les rencontres plus courtes et les tournois peuvent être concentrés sur quelques jours. Le format est spectaculaire, facilement diffusable et présent aux Jeux olympiques.

    Pour le Kenya, l’enjeu consiste désormais à convertir cette visibilité en développement structurel. Une sélection performante ne suffit pas si les clubs restent fragiles et si les jeunes disposent de peu de compétitions.

    Plusieurs modèles africains émergent

    L’Algérie constitue un autre exemple intéressant. Finaliste de la Rugby Africa Cup en 2024, elle peut s’appuyer sur des joueurs formés en France et sur une importante diaspora.

    Cette ressource lui permet de progresser rapidement. Elle ne doit toutefois pas remplacer la création de clubs, d’écoles de rugby et de compétitions locales. Une sélection construite uniquement autour de joueurs évoluant à l’étranger risque de rester déconnectée du public national.

    Madagascar présente un modèle très différent. Le rugby y bénéficie d’une véritable popularité, notamment dans plusieurs quartiers d’Antananarivo. Des rencontres continentales y ont déjà attiré des dizaines de milliers de spectateurs.

    Mais la passion ne suffit pas. Sans infrastructures, préparation physique, encadrement médical et financement des déplacements, un grand vivier de pratiquants ne garantit pas des performances internationales.

    L’Ouganda, de son côté, s’affirme progressivement comme une terre d’accueil des compétitions africaines. Kampala a organisé plusieurs éditions de la Rugby Africa Cup. Cette capacité d’organisation peut faire du pays un centre régional pour l’Afrique de l’Est.

    La Côte d’Ivoire doit reconstruire un système

    La Côte d’Ivoire occupe une place particulière dans l’histoire du rugby africain. En 1995, elle est devenue la deuxième sélection du continent, après le Zimbabwe, à participer à une Coupe du monde.

    Cette qualification aurait pu servir de point de départ à une politique nationale durable. Elle est restée une parenthèse.

    Plus de trente ans après, le rugby ivoirien manque encore de visibilité, de compétitions régulières et de structures suffisamment solides.

    Le pays dispose pourtant de plusieurs atouts : une population jeune, des établissements scolaires et universitaires, des entreprises susceptibles de parrainer des événements et une diaspora évoluant notamment en France.

    Pour redevenir compétitive, la Côte d’Ivoire doit d’abord reconstruire une communauté autour de la discipline. Cela suppose de développer le rugby scolaire, de rendre le championnat national plus lisible, de former davantage d’entraîneurs et d’organiser des rencontres internationales sur le territoire.

    L’objectif immédiat ne devrait pas être de retrouver la Coupe du monde, mais de créer un système capable de produire régulièrement des joueurs et d’attirer un public.

    Le principal obstacle reste l’absence de continuité

    Le rugby africain souffre moins d’un manque de potentiel que d’un manque de continuité.

    Dans plusieurs pays, les sélections sont réunies tardivement. Les joueurs évoluant à l’étranger arrivent peu avant les compétitions. Les stages sont courts et les matchs internationaux trop rares.

    Cette discontinuité empêche la progression sportive, mais aussi la construction d’un produit commercial.

    Un sponsor s’engage plus facilement lorsqu’il connaît le calendrier, les équipes participantes et les audiences disponibles. Un diffuseur a besoin de compétitions régulières. Un supporter ne peut pas s’attacher durablement à une sélection qu’il ne voit jouer qu’occasionnellement.

    La Rugby Africa Cup devrait donc devenir une compétition annuelle clairement identifiable, avec plusieurs divisions, un système de promotion et de relégation et un calendrier annoncé suffisamment tôt.

    Des compétitions régionales pourraient compléter ce dispositif en Afrique australe, en Afrique de l’Est, en Afrique du Nord et en Afrique de l’Ouest.

    Construire une véritable économie du rugby

    Le rugby africain reste largement dépendant des subventions publiques et du soutien des instances internationales.

    Pour devenir durable, il doit créer ses propres actifs : billetterie, droits de diffusion, sponsoring, académies, contenus numériques et produits dérivés.

    Les banques, assurances, télécoms ou compagnies aériennes peuvent trouver dans le rugby un positionnement différent de celui du football. La discipline véhicule des valeurs de discipline, de solidarité et de leadership qui intéressent particulièrement les entreprises.

    Le rugby féminin représente également une possibilité de croissance. Les hiérarchies internationales y sont moins figées et le rugby à sept offre un accès potentiel aux Jeux olympiques. Le Kenya, Madagascar ou l’Ouganda peuvent y progresser rapidement à condition de développer des clubs et des compétitions dès les catégories de jeunes.

    L’avenir du rugby africain ne dépendra probablement pas de l’apparition soudaine d’un deuxième géant capable de rivaliser avec les Springboks.

    Il passera plutôt par la construction progressive de plusieurs pôles compétitifs. Le Zimbabwe peut devenir une référence du rugby à quinze. Le Kenya peut consolider sa place dans le rugby à sept. Madagascar peut transformer sa passion populaire en résultats. L’Algérie peut relier sa diaspora à une base locale. La Côte d’Ivoire peut reconstruire une discipline dont elle a autrefois porté les couleurs au niveau mondial.

    Le rugby africain existe bien au-delà de l’Afrique du Sud. Mais il demeure encore dispersé.

    Les Springboks peuvent rester le géant du continent sans en rester l’unique visage.

  • Mondial 2026 : Le Maroc et l’Afrique du Sud qualifiés pour les 16es de finale, faux pas interdit pour la Côte d’Ivoire face au Curaçao

    Mondial 2026 : Le Maroc et l’Afrique du Sud qualifiés pour les 16es de finale, faux pas interdit pour la Côte d’Ivoire face au Curaçao

    La phase de groupes de la Coupe du monde 2026 entre dans sa dernière ligne droite et les premières nations qualifiées pour les 16es de finale commencent à se dessiner. Parmi elles, le Maroc et l’Afrique du Sud ont validé leur billet pour le tour suivant, confirmant la belle dynamique du football africain sur la scène mondiale.

    Les Lions de l’Atlas ont réalisé un parcours solide dans le groupe C. Après un match nul encourageant face au Brésil (1-1), les Marocains ont enchaîné deux précieuses victoires contre l’Écosse (1-0) puis Haïti (4-2). Avec sept points au compteur, ils terminent leur phase de groupes en tête et s’assurent une qualification méritée pour les 16es de finale.

    Dans le groupe A, l’Afrique du Sud a également créé la sensation. Battus lors de leur entrée en lice par le Mexique (0-2), les Bafana Bafana ont parfaitement réagi en tenant la Tchéquie en échec (1-1) avant de s’imposer face à la Corée du Sud (1-0). Ces résultats leur permettent de décrocher leur place au prochain tour et de poursuivre leur aventure américaine.

    Pendant ce temps, tous les regards africains se tournent désormais vers la Côte d’Ivoire. Les Éléphants disputent ce jeudi un match décisif contre le Curaçao dans le groupe E. Victorieux de l’Équateur (1-0) lors de leur premier match, les Ivoiriens ont ensuite livré une prestation courageuse face à l’Allemagne, malgré une défaite étriquée (1-2).

    Avant cette ultime journée, la situation reste ouverte dans le groupe. Face à une sélection du Curaçao qui a surpris en accrochant l’Équateur (0-0), les hommes de la Côte d’Ivoire n’ont plus droit à l’erreur. Une victoire leur permettrait de conserver toutes leurs chances de qualification pour les 16es de finale, tandis qu’un faux pas pourrait compromettre leurs ambitions.

    La rencontre s’annonce donc capitale pour les Éléphants, qui porteront les espoirs de tout un peuple et, plus largement, ceux du football africain. Après les qualifications déjà acquises du Maroc et de l’Afrique du Sud, la Côte d’Ivoire a l’occasion d’écrire à son tour une belle page de son histoire dans ce Mondial 2026.

    Thom Biakpa

  • Mondial 2026 : Le Ghana résiste à l’Angleterre, le Portugal déroule avec un Ronaldo retrouvé, la RDC sous pression

    Mondial 2026 : Le Ghana résiste à l’Angleterre, le Portugal déroule avec un Ronaldo retrouvé, la RDC sous pression

    La deuxième journée de la phase de groupes de la Coupe du monde s’est poursuivie mardi 23 juin avec quatre rencontres concernant les groupes K et L. Entre la démonstration portugaise, la résistance héroïque du Ghana et la courte défaite de la RDC face à la Colombie, cette journée a livré son lot d’enseignements.

    Ronaldo fait taire les critiques

    Attendu au tournant après sa prestation décevante contre la RDC (1-1), Cristiano Ronaldo a répondu de la meilleure des manières. Face à l’Ouzbékistan, le capitaine portugais a rapidement montré la voie à son équipe en ouvrant le score dès la 6e minute sur un centre précis de João Cancelo.

    Le Portugal a ensuite pris le large grâce à Nuno Mendes, auteur d’un superbe coup franc à la 17e minute. Avant la pause, Ronaldo s’est offert un doublé en concluant parfaitement une action initiée par Bruno Fernandes. En seconde période, un but contre son camp de la défense ouzbèke est venu sceller le succès portugais (4-0).
    Avec cette réalisation, Cristiano Ronaldo entre un peu plus dans l’histoire en devenant le premier joueur à marquer lors de six Coupes du monde différentes.

    Le Ghana tient tête à l’Angleterre

    Dans le groupe L, l’affiche entre l’Angleterre et le Ghana opposait deux équipes victorieuses lors de la première journée. Dominateurs dans le jeu, les Anglais ont multiplié les offensives mais se sont heurtés à une défense ghanéenne particulièrement disciplinée.

    Les Black Stars, emmenés par Antoine Semenyo, ont résisté avec courage et se sont même montrés dangereux en contre-attaque. Nico O’Reilly a trouvé la barre transversale en fin de rencontre, tandis que le gardien Asare s’est illustré avec une parade décisive devant Bukayo Saka.

    Grâce à sa solidité défensive, le Ghana repart avec un précieux point qui le maintient en bonne position dans la course à la qualification.

    La Colombie valide son billet, la RDC devra réagir

    Dans l’autre rencontre du groupe K, la Colombie affrontait une sélection congolaise en confiance après son nul obtenu contre le Portugal. Comme lors de son premier match, la RDC a longtemps fait preuve d’une remarquable organisation défensive.

    Les Colombiens ont pourtant cru ouvrir le score dès la 6e minute, mais le but de Daniel Muñoz a été annulé pour hors-jeu. Malgré la résistance du gardien Lionel Mpasi et de sa défense, la pression colombienne a fini par payer. À la 76e minute, Daniel Muñoz a finalement trouvé la faille et offert la victoire aux siens.

    Avec deux succès en deux rencontres, la Colombie décroche sa qualification pour le tour suivant. La RDC, quant à elle, jouera sa survie dans la compétition lors de son dernier match face à l’Ouzbékistan, avec l’obligation de s’imposer pour espérer poursuivre son aventure mondiale.

    Thom Biakpa

  • Mondial 2026 : Le Cap-Vert impressionne, l’Égypte affirme ses ambitions

    Mondial 2026 : Le Cap-Vert impressionne, l’Égypte affirme ses ambitions

    Quelle soirée mémorable pour le football africain à la Coupe du monde 2026 ! Alors que le Cap-Vert a une nouvelle fois surpris la planète football en tenant en échec l’Uruguay (2-2), l’Égypte a confirmé son statut de grande nation de football en dominant la Nouvelle-Zélande (3-1). Deux performances qui illustrent parfaitement les ambitions grandissantes du continent africain sur la scène mondiale.

    Le Cap-Vert, l’invité surprise qui ne cesse d’impressionner

    Pour sa toute première participation à une Coupe du monde, le Cap-Vert est en train d’écrire l’une des plus belles histoires du tournoi. Opposés à l’Uruguay, double champion du monde et habitué des grands rendez-vous internationaux, les Requins Bleus ont une nouvelle fois démontré qu’ils n’étaient pas venus en Amérique du Nord pour apprendre.

    Après avoir déjà créé la sensation lors de leur entrée en lice en obtenant un match nul face à l’Espagne, les Cap-Verdiens ont récidivé en arrachant un précieux partage des points contre les Sud-Américains (2-2). Mieux encore, ils ont mené au score grâce à une magnifique réalisation de Kevin Pina, auteur du tout premier but de l’histoire du Cap-Vert en phase finale de Coupe du monde. Menés à la pause après la réaction uruguayenne, les hommes de Bubista ont fait preuve d’un caractère exceptionnel pour revenir au score grâce à Helio Varela en seconde période.

    Cette performance prend une dimension encore plus remarquable lorsqu’on se rappelle le parcours exceptionnel du petit archipel africain. Avec un peu plus de 500 000 habitants, le Cap-Vert est devenu l’un des plus petits pays de l’histoire à se qualifier pour une Coupe du monde. Les insulaires ont décroché leur billet en terminant premiers de leur groupe des éliminatoires africaines devant le Cameroun, pourtant favori de la poule. Une campagne historique marquée par une série impressionnante de victoires et conclue par un succès décisif contre l’Eswatini.

    À l’approche de la dernière journée du groupe H, le rêve d’une qualification pour les huitièmes de finale est plus vivant que jamais. Une perspective qui semblait encore inimaginable il y a quelques années pour cette nation émergente du football africain.

    L’Égypte avance avec l’assurance des grandes nations

    De son côté, l’Égypte poursuit son parcours avec sérieux et efficacité. Après avoir obtenu un nul encourageant face à la Belgique lors de son premier match, les Pharaons ont cette fois transformé leur domination en victoire en s’imposant 3-1 contre la Nouvelle-Zélande.

    Portée par l’expérience de Mohamed Salah et le talent de sa nouvelle génération, la sélection dirigée par Hossam Hassan confirme les ambitions affichées avant le début du tournoi. Le sélectionneur avait d’ailleurs prévenu que son équipe n’était pas venue « faire de la figuration », mais bien pour rivaliser avec les meilleures nations du monde.

    Cette confiance repose sur une campagne qualificative remarquable. Les Égyptiens ont validé leur billet pour le Mondial en terminant invaincus à la première place de leur groupe. Solides défensivement et efficaces offensivement, ils ont dominé les éliminatoires grâce notamment à leur capitaine Mohamed Salah, auteur de prestations décisives tout au long du parcours.

    Pour les Pharaons, cette édition 2026 représente la quatrième participation à une Coupe du monde après celles de 1934, 1990 et 2018. Mais cette fois, l’objectif est clair : franchir un cap historique et atteindre enfin les phases à élimination directe, un exploit encore jamais réalisé par la nation nord-africaine.

    L’Afrique en force sur la scène mondiale

    Au-delà des résultats, les parcours du Cap-Vert et de l’Égypte à l’instar de ceux du Maroc et même de la Côte d’Ivoire, symbolisent l’évolution du football africain. Le Cap-Vert incarne l’émergence de nouvelles nations capables de rivaliser avec les géants du football mondial, tandis que l’Égypte illustre le retour au premier plan d’une puissance historique du continent.

    À quelques jours du dénouement de la phase de groupes, les deux sélections africaines ont déjà envoyé un message fort : l’Afrique ne vient plus simplement participer à la Coupe du monde, elle vient désormais pour bousculer la hiérarchie établie.

    Thom Biakpa