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  • Football : Privatisation de la FIFA, Infantino persiste dans son projet malgré la fronde de l’UEFA, l’un de ses proches conseillers claque la porte

    Football : Privatisation de la FIFA, Infantino persiste dans son projet malgré la fronde de l’UEFA, l’un de ses proches conseillers claque la porte

    La crise prend une ampleur inédite au sommet du football mondial. Alors que l’Union des associations européennes de football (UEFA) menace de boycotter les compétitions organisées par la FIFA, y compris la Coupe du monde, si le projet de privatisation partielle des activités commerciales de l’instance est maintenu, le président Gianni Infantino refuse de reculer. Au contraire, il poursuit son offensive en faveur de l’ouverture du capital commercial de la FIFA à des investisseurs privés, un projet qui provoque une onde de choc dans l’ensemble de la planète football.

    Dernier épisode en date de cette confrontation, la démission fracassante de Carlos Cordeiro, l’un des plus proches conseillers d’Infantino et principal architecte de plusieurs réformes financières de la FIFA. Son départ illustre la profondeur des divisions internes suscitées par une initiative que certains présentent déjà comme le changement le plus radical de l’histoire de l’organisation.

    Une nouvelle structure valorisée à 20 milliards de dollars

    Le projet porté par Gianni Infantino prévoit la création d’une nouvelle société commerciale baptisée FIFA Forward Enterprise (FFE). Cette entité regrouperait les droits commerciaux des principales compétitions organisées par la FIFA, notamment la Coupe du monde masculine, la Coupe du monde féminine, la Coupe du monde des clubs ainsi que les contrats de sponsoring, les droits télévisés, les licences et la billetterie.

    Selon les documents transmis aux 211 fédérations membres, cette nouvelle société serait valorisée autour de 20 milliards de dollars. Jusqu’à 20 % de son capital pourraient être cédés à des investisseurs privés, permettant à la FIFA de lever environ 4,2 milliards de dollars.

    Gianni Infantino affirme que cette opération donnerait aux fédérations nationales des moyens financiers sans précédent. Chaque association pourrait bénéficier d’une importante distribution exceptionnelle, tandis que les programmes de développement seraient considérablement renforcés pour le cycle 2026-2030.

    Le président de la FIFA assure également que l’instance conserverait plus de 80 % du capital ainsi que le contrôle exclusif de toutes les décisions sportives, réglementaires et organisationnelles. Selon lui, il ne s’agit nullement de vendre la Coupe du monde, mais simplement de mieux valoriser ses actifs commerciaux, afin d’accélérer le développement du football mondial.

    L’UEFA dénonce une marchandisation du football

    Ces arguments sont loin de convaincre les dirigeants européens.
    L’UEFA a rejeté avec fermeté cette proposition, dénonçant une initiative élaborée sans consultation préalable et susceptible de transformer progressivement le football mondial en actif financier.
    Plusieurs responsables européens estiment que cette opération ouvre la voie à une privatisation de fait des compétitions internationales les plus prestigieuses. Selon eux, l’entrée de fonds d’investissement dans la gouvernance commerciale du football risque d’accroître la pression sur la rentabilité, au détriment des intérêts sportifs.

    Le président de l’UEFA, Aleksander Čeferin, ainsi que plusieurs fédérations européennes considèrent que cette réforme pourrait créer un précédent historique et remettre en cause l’équilibre actuel entre les différentes confédérations.

    La menace est désormais explicite. Si le projet devait être adopté, l’UEFA pourrait retirer ses équipes nationales et ses clubs des compétitions organisées par la FIFA, y compris de la Coupe du monde. Une telle décision provoquerait une fracture institutionnelle sans précédent dans l’histoire moderne du football.

    Une opposition qui dépasse l’Europe

    La contestation ne se limite plus au continent européen.
    Plusieurs responsables de la CONCACAF et de la Confédération asiatique (AFC) ont également exprimé leurs inquiétudes sur le manque de transparence entourant cette opération financière.
    Des représentants du syndicat mondial des joueurs FIFPRO redoutent également que les impératifs des investisseurs privés conduisent à une inflation du calendrier international, déjà largement critiqué par les joueurs et les clubs.

    Les critiques portent aussi sur l’identité des investisseurs pressentis. Selon plusieurs médias internationaux, un consortium conduit par Thrive Capital, dirigé par Joshua Kushner, ferait partie des candidats intéressés par l’acquisition d’une participation dans la nouvelle société. Cette perspective alimente les interrogations sur l’influence croissante des grands fonds d’investissement dans l’économie du football mondial.

    Carlos Cordeiro démissionne avec fracas

    La contestation a franchi un nouveau cap avec la démission de Carlos Cordeiro.
    Ancien président de la Fédération américaine de football, ancien dirigeant de Goldman Sachs et conseiller stratégique de Gianni Infantino depuis 2021, il était considéré comme l’un des cerveaux de la modernisation économique de la FIFA.
    Dans une déclaration particulièrement sévère, il affirme ne pas avoir participé à l’élaboration du projet et estime que la FIFA n’a absolument pas besoin de vendre une partie de son actif le plus précieux.

    Selon lui, l’organisation dispose déjà d’une situation financière exceptionnelle.
    Grâce notamment au succès commercial de la Coupe du monde 2026, la FIFA affiche des revenus records, des réserves financières importantes et aucune dette structurelle.
    Dans ces conditions, Cordeiro considère qu’une telle opération ne répond à aucune nécessité économique et risque, au contraire, de priver durablement les générations futures des revenus issus des plus prestigieuses compétitions du football mondial.
    Sa démission est perçue comme un signal fort, tant son expertise financière faisait jusqu’ici figure de référence au sein de l’administration Infantino.

    Infantino refuse de céder

    Malgré cette fronde grandissante, Gianni Infantino demeure déterminé.
    Le président de la FIFA estime que ses opposants défendent essentiellement les intérêts des grandes puissances historiques du football, alors que son projet vise avant tout à renforcer les petites fédérations, notamment en Afrique, en Asie, en Océanie et dans les Caraïbes.
    Selon ses proches, l’objectif est de redistribuer davantage de ressources vers les pays en développement afin de réduire les inégalités économiques entre les différentes associations nationales.

    Infantino rappelle que l’ouverture du capital ne concernerait que les activités commerciales et non la gouvernance sportive de la FIFA.
    Les fédérations membres disposent désormais jusqu’au 19 septembre pour se prononcer sur cette réforme qui pourrait profondément transformer le modèle économique du football mondial.

    Un vote qui pourrait redessiner l’avenir de la FIFA

    Rarement un projet aura autant divisé la gouvernance internationale du football.
    Pour ses partisans, cette réforme représente une opportunité historique de générer plusieurs milliards de dollars supplémentaires au profit du développement du football mondial.
    Pour ses détracteurs, elle constitue au contraire le début d’une financiarisation irréversible des compétitions internationales, avec le risque de voir les investisseurs privés influencer progressivement les choix stratégiques de la FIFA.

    Le vote attendu des 211 fédérations membres s’annonce donc comme l’un des plus importants de l’ère Gianni Infantino. Son issue déterminera non seulement l’avenir économique de la FIFA, mais pourrait également redessiner durablement les rapports de force entre Zurich et les grandes confédérations continentales, au premier rang desquelles l’UEFA.

    Thom Biakpa

  • Blaise Matuidi, du milieu de terrain au capital-risque : la reconversion intelligente d’un champion du monde

    Blaise Matuidi, du milieu de terrain au capital-risque : la reconversion intelligente d’un champion du monde

    Longtemps, la reconversion des footballeurs s’est résumée à trois options visibles : entraîneur, consultant ou ambassadeur de marque. Blaise Matuidi a choisi une autre voie. Depuis la fin de sa carrière sportive, l’ancien joueur du PSG, de la Juventus, de l’Inter Miami et de l’équipe de France s’est imposé dans un univers encore peu exploré par les footballeurs européens : l’investissement dans les start-up.

    Blaise Matuidi n’a jamais été le joueur le plus spectaculaire de sa génération. Il n’était ni le plus technique, ni le plus médiatique, ni le plus flamboyant. Mais il a bâti sa carrière sur une qualité rare : la capacité à comprendre le jeu avant les autres, à occuper les bons espaces, à servir le collectif et à durer au plus haut niveau. C’est peut-être cette intelligence de positionnement qui explique aussi sa reconversion. Au lieu de chercher à prolonger artificiellement sa présence dans le football, Matuidi a déplacé son terrain de jeu : des pelouses européennes aux tables d’investissement.

    Champion du monde avec la France en 2018, ancien cadre du Paris Saint-Germain, triple champion d’Italie avec la Juventus et passé par l’Inter Miami en fin de carrière, Matuidi a officiellement pris sa retraite sportive en décembre 2022, à 35 ans. La FIFA rappelait alors qu’il mettait un terme à une carrière qui l’avait vu devenir champion de France, champion d’Italie et champion du monde.

    Mais sa deuxième vie professionnelle avait déjà commencé. Avec Origins, le fonds qu’il a cofondé avec Salomon Aiach et Ilan Abehassera, Blaise Matuidi s’est positionné sur le capital-risque, plus précisément sur les start-up consumer tech, c’est-à-dire les entreprises technologiques tournées vers les usages grand public : applications sociales, marketplaces, santé digitale, sport tech, gaming, intelligence artificielle appliquée au consommateur ou encore nouvelles expériences numériques. Origins se présente comme un fonds qui accompagne des fondateurs de start-up du pré-amorçage à la série A, avec une promesse simple : ne pas apporter seulement du capital, mais aussi de l’influence.

    C’est là que le modèle devient intéressant. Origins ne fonctionne pas comme un fonds classique qui se contenterait de signer des chèques et d’attendre la croissance des entreprises financées. Le fonds revendique une capacité de distribution et de visibilité portée par ses investisseurs, principalement des athlètes et des célébrités. Sur son site, Origins met en avant une audience cumulée d’environ 160 millions de followers et explique que cette puissance d’influence peut aider les start-up de son portefeuille à accélérer leur notoriété et leur croissance. Le fonds indique également investir des tickets généralement compris entre 100 000 et 500 000 dollars dans des entreprises consumer tech.

    Autrement dit, Blaise Matuidi ne s’est pas contenté de devenir business angel. Il participe à la construction d’un modèle hybride : à mi-chemin entre le venture capital, le marketing d’influence et le réseau d’athlètes-investisseurs. Dans une économie numérique où l’acquisition de clients coûte de plus en plus cher, cette proposition est particulièrement pertinente. Pour une jeune start-up, lever des fonds est une étape importante. Mais se faire connaître, obtenir des utilisateurs, créer de la confiance et accéder à une communauté peut parfois être encore plus décisif. Origins tente précisément de transformer l’audience des sportifs en avantage stratégique.

    Cette reconversion est d’autant plus intéressante qu’elle traduit un décalage entre les cultures sportives européenne et américaine. Dans une interview à Sifted, Matuidi expliquait qu’en arrivant aux États-Unis, il avait observé une différence importante : les athlètes nord-américains sont beaucoup plus tôt exposés aux affaires, tandis que les sportifs européens restent souvent concentrés presque exclusivement sur leur discipline. Il résumait le message d’Origins ainsi : un sportif ne doit pas se voir uniquement comme un athlète.

    Ce point est central. Aux États-Unis, il est devenu courant de voir des stars du sport investir dans des start-up, des marques, des médias, des franchises ou des fonds. LeBron James, Serena Williams, Kevin Durant ou encore Stephen Curry ont compris que leur carrière sportive pouvait devenir une plateforme économique. En Europe, le mouvement existe, mais il reste moins structuré. Matuidi appartient donc à une génération de sportifs européens qui cherchent à combler ce retard, non pas en copiant superficiellement les Américains, mais en adaptant leur capital de notoriété, de réseau et de crédibilité au monde de l’investissement.

    Le choix du venture capital n’est pas anodin. C’est un métier exigeant, risqué, où la plupart des investissements peuvent échouer, mais où quelques réussites peuvent créer une valeur considérable. Cela demande de la patience, une capacité d’analyse, une compréhension des marchés, une lecture des fondateurs et un bon accès aux opportunités. Matuidi a lui-même reconnu avoir commencé par de petits investissements en tant que business angel, en apprenant progressivement par la pratique, y compris par les erreurs.

    Cette trajectoire donne une autre lecture de sa carrière sportive. Matuidi était un joueur de système, un joueur d’équilibre, un joueur capable de se mettre au service d’une organisation plus grande que lui. Dans l’investissement, cette logique reste utile. Un bon investisseur n’est pas seulement celui qui a de l’argent. C’est celui qui sait où se placer, quelles équipes rejoindre, quels signaux détecter, quelles personnes accompagner et comment créer de la valeur autour d’un projet.

    Origins semble avoir compris cette mécanique. Selon Maddyness, le fonds s’intéresse notamment à la consumer AI, aux réseaux sociaux, aux marketplaces, au gaming, à la sport tech et à la health tech. La même source indique qu’Origins comptait déjà un portefeuille d’une dizaine d’entreprises et avait coinvesti avec des fonds internationaux de premier plan comme Sequoia, Andreessen Horowitz, Left Lane, Singular, DST ou Coatue.

    Pour le monde du sport, la reconversion de Blaise Matuidi est donc plus qu’une belle histoire personnelle. Elle illustre une transformation profonde : les athlètes ne sont plus condamnés à être seulement les visages des marques. Ils peuvent devenir actionnaires, investisseurs, partenaires stratégiques, créateurs de fonds, apporteurs de dealflow et accélérateurs de croissance. Leur notoriété peut être convertie en capital économique, à condition d’être structurée, encadrée et mise au service d’une vraie thèse d’investissement.

    C’est aussi un sujet important pour l’Afrique. Sur le continent, de nombreux sportifs disposent d’une popularité considérable, parfois supérieure à celle de dirigeants économiques ou politiques. Mais cette popularité est encore trop souvent monétisée de manière limitée : contrats publicitaires, apparitions, événements, sponsoring ponctuel. Le modèle Matuidi montre une voie plus ambitieuse : utiliser la crédibilité sportive pour entrer dans le capital, accompagner des entrepreneurs, financer l’innovation, ouvrir des marchés et participer à la construction d’écosystèmes.

    Cela ne signifie pas que tous les sportifs doivent créer un fonds d’investissement. Le capital-risque exige des compétences, une équipe, une méthode et une discipline. Mais cela signifie que les athlètes africains, actuels ou retraités, peuvent penser leur après-carrière autrement. Ils peuvent investir dans la sport tech, la santé, l’éducation, les médias, l’agriculture, la fintech, les infrastructures sportives ou les marques grand public. Ils peuvent devenir des acteurs économiques, pas seulement des icônes populaires.

    Blaise Matuidi n’a donc pas simplement changé de métier. Il a changé de statut. Hier, il était un joueur précieux dans les systèmes de ses entraîneurs. Aujourd’hui, il tente de devenir un acteur de l’écosystème qui finance les entreprises de demain. Sa reconversion rappelle une leçon essentielle : dans le sport moderne, la carrière ne s’arrête plus au dernier match. Elle peut devenir le premier actif d’une nouvelle vie d’entrepreneur et d’investisseur.