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  • Stacey-Lee May et le spinning : l’Afrique du Sud fait de la précision un spectacle

    Stacey-Lee May et le spinning : l’Afrique du Sud fait de la précision un spectacle

    Le chaos apparent, le contrôle réel

    Une voiture tourne à quelques mètres du public. Le moteur monte dans les tours, les pneus arrière disparaissent dans la fumée et le pilote ouvre parfois la portière avant de sortir une partie du corps. Pour un spectateur qui découvre le spinning, la scène semble improvisée. Stacey-Lee May insiste au contraire sur ce qui ne se voit pas immédiatement : le contrôle, la précision et la connaissance de la machine.

    La pilote et cascadeuse a grandi à Eldorado Park dans une famille où les voitures faisaient partie du quotidien. Son père aimait l’automobile et possédait une entreprise de remorquage ; sa mère travaillait dans une concession. Enfant, May assistait aux rassemblements de Kimberley, à une époque où la pratique restait souvent associée à l’illégalité. Lorsque son père l’a encouragée à essayer, elle dit avoir appris les bases en une demi-journée. Cette rapidité ne signifie pas que la discipline est simple.

    Une voiture de spinning n’est pas une voiture de route ordinaire. Le pilote doit comprendre sa construction, anticiper les réactions du châssis et maintenir une zone de sécurité. Les démonstrations se déroulent sur des espaces dédiés, pas dans la circulation. La responsabilité commence donc avant le premier tour de roue : contrôle mécanique, fixation des éléments, inspection du terrain et briefing.

    Une culture née dans les townships

    Le spinning sud-africain s’est développé autour de berlines à propulsion, notamment des BMW anciennes devenues accessibles sur le marché de l’occasion. La discipline a progressivement transformé des pratiques de rue en événements organisés, avec des pilotes identifiés, des règles et un public fidèle. Elle conserve pourtant un lien fort avec les communautés qui l’ont créée.

    C’est ce patrimoine que May veut protéger lorsqu’elle imagine un développement international. Standardiser la sécurité et la notation peut ouvrir des portes, mais une reconnaissance mondiale ne devrait pas effacer les gestes, la musique, les voitures et les codes sociaux nés en Afrique du Sud. Le risque serait de récupérer l’esthétique de la discipline tout en éloignant les pilotes de ses revenus et de sa gouvernance.

    Des ambassadeurs comme Samkeliso « Sam Sam » Thubane ont déjà montré le spinning à l’étranger. L’accueil du public confirme son potentiel de spectacle. Mais passer d’une démonstration fascinante à un circuit sportif durable nécessite des calendriers, des licences, une assurance, des juges, des normes de sécurité et une répartition claire des recettes.

    Le coût caché de la fumée

    Le spinning consomme ce que le public voit disparaître : des pneus et du carburant. Il faut ajouter les réparations, le transport de la voiture et le temps de préparation. May explique que les réservations et les acomptes servent d’abord à couvrir ces frais. Son père et son frère participent souvent au travail mécanique.

    Cette économie fragile limite la formation. May conseille les femmes qui viennent vers elle, mais elle ne dispose pas encore des moyens ni du site pour organiser des cours réguliers. Son objectif à long terme est d’ouvrir une école de spinning réservée aux filles et aux femmes. Le projet répond à un double obstacle : la discipline reste majoritairement masculine et l’apprentissage informel dépend trop souvent d’un proche disposant d’une voiture.

    Une école apporterait un cadre progressif : mécanique de base, conduite à faible vitesse, procédures d’arrêt, communication avec les commissaires, puis figures. Elle pourrait aussi créer des fonctions au-delà du pilotage, de la préparation automobile à l’organisation d’événements.

    Grandir sans perdre son origine

    May possède un diplôme de droit et ne romantise pas l’incertitude d’une carrière sportive. Cette prudence renforce son discours : pour devenir une industrie, le spinning doit offrir des trajectoires professionnelles réelles. Les pilotes ont besoin de contrats, les mécaniciens de rémunérations, les organisateurs de sites homologués et le public de garanties de sécurité.

    La reconnaissance internationale ne viendra probablement pas d’une comparaison littérale avec la Formule 1, même si May utilise cette image pour exprimer son ambition. Elle viendra d’un circuit capable de conserver l’intensité du spectacle tout en rendant la pratique transmissible et assurable.

    La force du spinning tient justement à cette tension. Il est à la fois sport mécanique, performance scénique et expression culturelle. Stacey-Lee May ne cherche pas à choisir entre ces identités. Elle veut prouver qu’elles peuvent voyager ensemble, à condition que l’Afrique du Sud reste le centre de l’histoire.

  • Football/ CAN féminine: Le Cameroun enfin sur le toit de l’Afrique

    Football/ CAN féminine: Le Cameroun enfin sur le toit de l’Afrique

    Le Cameroun tient enfin son sacre. Longtemps abonnées aux places d’honneur sans jamais parvenir à franchir le dernier obstacle, les Lionnes indomptables ont écrit une nouvelle page de leur histoire en remportant, dimanche 16 août, la Coupe d’Afrique des nations féminine 2026. Face au Malawi, pour une finale inédite disputée au stade Moulay El Hassan de Rabat, les Camerounaises n’ont laissé aucune place au suspense et se sont imposées avec autorité (3-0).

    Cette victoire vient récompenser une génération qui avait déjà touché du doigt le titre sans jamais parvenir à le conquérir. Finalistes malheureuses en 2004, 2014 et 2016, les Camerounaises ont cette fois transformé leur expérience des grands rendez-vous en véritable force. Face à une sélection malawite qui découvrait pour la première fois la finale de la compétition, les Lionnes ont rapidement pris le contrôle des débats.

    Le Cameroun frappe trois fois avant la pause

    Le Malawi avait pourtant entamé la rencontre avec de bonnes intentions. Misant sur la vitesse et les transitions offensives, les Scorchers pouvaient notamment compter sur la complémentarité des sœurs Chawinga pour inquiéter la défense camerounaise. Temwa Chawinga a d’ailleurs obtenu la première occasion franche, mais la sortie de Michaely Bihina dans ses pieds, à la 10e minute, a permis au Cameroun d’éviter le danger.

    Cette alerte passée, les Lionnes ont progressivement imposé leur rythme. À la 20e minute, Marie Ngah Manga a ouvert la voie du succès. Sur un centre venu de la droite, Mendoua a trouvé la transversale de la tête au second poteau. La gardienne malawite Mercy Sikelo, en difficulté sur son intervention, n’a pas réussi à s’emparer du ballon, permettant à Ngah Manga de surgir pour conclure à bout portant.

    Ce premier but a considérablement fragilisé le Malawi. De plus en plus reculé, le bloc des Scorchers a subi les assauts camerounais. Dix minutes plus tard, Naomi Eto a doublé la mise sur corner. Après s’être habilement positionnée autour du ballon, l’attaquante a déclenché une frappe décroisée qui a laissé Sikelo sans réaction.

    Le Cameroun n’allait pas s’arrêter là. Dans les dernières secondes de la première période, une nouvelle erreur de la gardienne malawite a offert une troisième opportunité aux championnes en devenir. Après une sortie manquée de Sikelo, Naomi Eto a délivré un centre vers Marie Ngah Manga. La Camerounaise n’a eu qu’à placer sa tête dans le but laissé sans protection pour inscrire son deuxième but de la soirée et porter le score à 3-0.

    Une seconde période parfaitement maîtrisée

    Avec trois buts d’avance, les Lionnes ont abordé la seconde période avec sérénité. Le Malawi a tenté de réagir, mais sans parvenir à véritablement déstabiliser une équipe camerounaise particulièrement solide défensivement.

    Temwa Chawinga a bien essayé de relancer les Scorchers à la 61e minute, mais sa tentative en pivot n’a pas trouvé le cadre. Le Cameroun, qui n’avait concédé que deux buts depuis le début de la compétition, a ensuite verrouillé les espaces et contenu les initiatives adverses avec beaucoup de maîtrise.

    Les championnes auraient même pu accentuer davantage leur avance. Marie Ngah Manga est passée tout près du triplé dès la 49e minute, mais son occasion a été manquée. En fin de rencontre, Naomi Eto s’est également heurtée à une Mercy Sikelo enfin décisive, qui a empêché le score de s’alourdir à la 84e minute.

    Ces occasions manquées n’auront finalement aucune conséquence. Avec trois buts inscrits en première période et une défense restée infranchissable après la pause, le Cameroun avait déjà fait l’essentiel.

    Une malédiction enfin brisée

    Au coup de sifflet final, la joie était immense côté camerounais. Après trois finales perdues, les Lionnes indomptables ont enfin soulevé le trophée continental. Ce premier sacre vient mettre un terme à des années de frustration et confirme la place du Cameroun parmi les grandes nations du football féminin africain.

    Pour le Malawi, cette finale restera malgré tout historique. Les Scorchers, novices à ce stade de la compétition, ont atteint pour la première fois le dernier acte de la CAN et se sont offert une place parmi les meilleures sélections du continent.

    Mais ce 16 août 2026 restera avant tout comme la date du premier couronnement camerounais. À Rabat, les Lionnes indomptables n’ont pas seulement remporté une finale, elles ont définitivement effacé leurs précédentes désillusions et inscrit leur nom au sommet de l’Afrique.

    Thom Biakpa