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  • Team Amani : l’équipe qui veut conduire l’Afrique au Tour de France Femmes

    Team Amani : l’équipe qui veut conduire l’Afrique au Tour de France Femmes

    Un top 20 qui vaut davantage qu’une ligne de palmarès

    Lorsque Haftu Eyerusalem Reda a terminé vingtième de la Volta a Catalunya Femenina 2026, Team Amani n’a gagné ni maillot ni prime majeure. Pour une formation qui effectuait sa première campagne européenne, le résultat avait pourtant la valeur d’un jalon. L’Éthiopienne, appelée Eyeru dans l’équipe, venait de terminer une course par étapes de niveau 2.1 au contact de coureuses issues du WorldTour.

    Le contexte renforce la portée de la performance. Partie avec six coureuses, l’équipe avait été réduite par les chutes et les délais éliminatoires. Eyeru était la seule de la formation encore en course lors de la dernière étape. Son classement général a montré qu’un projet centré sur des coureuses d’Afrique de l’Est et centrale pouvait être compétitif, même sans disposer de l’encadrement des grandes structures européennes.

    Team Amani a été lancée à l’automne 2025 comme équipe continentale féminine. Ses figures les plus visibles sont Eyeru, l’Ougandaise Mary Aleper et la Rwandaise Xaverine Nirere. D’autres coureuses viennent d’Éthiopie, de République démocratique du Congo et du Kenya. La base d’entraînement se trouve à Iten, sur les hauts plateaux kényans, un environnement connu pour l’endurance mais qui ne remplace pas l’apprentissage du peloton européen.

    Apprendre la vitesse, les trajectoires et la promiscuité

    Le saut entre les courses africaines et européennes ne se résume pas à une différence de puissance. Les coureuses découvrent des pelotons plus denses, des descentes plus rapides, des routes étroites et une lutte constante pour la position. Les premières courses de Nirere et d’Aleper ont illustré cette phase d’adaptation : rester à l’arrière semble d’abord plus sûr, mais augmente le risque d’être distancée ou prise dans une cassure.

    Le programme 2026 a donc valeur d’école. La Classique Morbihan, les épreuves espagnoles, les courses bretonnes et alpines, puis la Volta a Catalunya ont exposé les coureuses à des scénarios variés. Le gravel complète ce dispositif en travaillant la technique sans reproduire exactement la pression du peloton sur route.

    Les résultats africains restent également importants. Au Tour du Burundi, Meresiet Ashebir Gebrehiwet a remporté le classement général, tandis qu’Eyeru a gagné deux étapes. Ces succès entretiennent la confiance et donnent du temps de course à des athlètes que les contraintes de visa peuvent priver du programme européen.

    Le million d’euros qui sépare l’ambition de l’invitation

    Le calendrier fixé par l’équipe est clair : obtenir une place dans l’un des grands tours féminins en 2027, puis viser le Tour de France Femmes en 2028. Pour recevoir une invitation, il faut accumuler des résultats, des points, de la visibilité et démontrer une capacité logistique irréprochable. C’est là que le modèle se heurte à l’économie du cyclisme professionnel.

    Selon les responsables cités par Cyclingnews, une équipe continentale féminine a besoin d’au moins un million d’euros par saison. Team Amani reste sous ce seuil et ne dispose pas de sponsor-titre. Factor Bikes, Rapha, SRAM et POC apportent un soutien technique, mais l’équipe manque encore de véhicules, de soigneurs réguliers, de physiothérapeutes, de nutritionnistes et de personnel médical. Un soigneur peut coûter environ 200 euros par jour sur une course ; multipliée par les déplacements et les semaines de compétition, la dépense devient structurante.

    Les visas ajoutent une incertitude que les équipes européennes connaissent peu. En 2026, le passeport de Nirere a été volé et la demande de visa de Claudette Nyirarukundo a été refusée. Une sélection sportive peut ainsi être annulée par une procédure administrative, tandis que les billets et l’hébergement ont parfois déjà été engagés.

    Moolman-Pasio, la transmission comme stratégie

    La nomination annoncée d’Ashleigh Moolman-Pasio au poste de directrice générale en 2027 donne au projet une autre dimension. La Sud-Africaine possède l’expérience du WorldTour, des grands tours et des équipes internationales. Son rôle peut être décisif pour traduire les attentes européennes, professionnaliser les méthodes et attirer des partenaires sans effacer l’identité africaine du projet.

    Team Amani ne demande pas un raccourci vers le Tour. Elle tente de construire les étapes qui manquent entre le vivier africain et le plus haut niveau. Son slogan, selon lequel le talent est universel mais l’opportunité ne l’est pas, résume l’enjeu. Les premiers résultats prouvent que le talent existe. Les deux prochaines saisons diront si le financement, les visas et l’organisation peuvent enfin suivre le même rythme.